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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

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Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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Il faut défendre l’Etat ouvrier déformé chinois ! Pour la révolution politique prolétarienne ! Les « réformes de marché » en Chine (Part 2) (2006)

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Les dangers qui pèsent sur la Chine
En affirmant que la Chine est toujours un Etat ouvrier déformé, nous ne cherchons pas à nier ou à minimiser le poids social croissant à la fois des nouveaux entrepreneurs capitalistes en Chine continentale et de la vieille bourgeoisie chinoise expatriée à Taïwan ou ailleurs. La politique économique du régime stalinien de Pékin renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et des partis soutenus par l’impérialisme et qui deviendront ouvertement contre-révolutionnaires quand le PCC ne pourra plus maintenir son monopole actuel du pouvoir politique.
Essayant de refaire ce qui s’est passé pour la destruction contre-révolutionnaire de l’URSS dans les années 1991-1992, les impérialistes cherchent à promouvoir une opposition politique en Chine qui s’appuierait principalement sur la nouvelle classe d’entrepreneurs capitalistes, sur des éléments de la bureaucratie et la couche de managers, de membres des professions libérales et de technocrates qui est liée au capital local et étranger. En même temps, les impérialistes (en particulier américains) font monter la pression militaire sur la Chine. Ils essaient par exemple d’encercler la Chine avec des bases militaires, comme en Asie centrale. Ils ont passé un accord de défense du bastion capitaliste offshore qu’est Taïwan avec le Japon et viennent de mettre en place un commandement intégré contre la Chine avec l’armée japonaise à Yokohama. Contrairement à l’Iran, l’Inde n’a pas signé le fameux « traité de non-prolifération nucléaire », et l’autorisation que les USA lui ont donnée de développer l’arme nucléaire est clairement pour faire pression sur la Chine. Le Pentagone développe activement ses projets visant à se doter d’une capacité de première frappe nucléaire efficace contre l’arsenal nucléaire limité de la Chine.
La question de la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre les impérialistes n’est donc pas une question théorique seulement. C’est une question très concrète qui se pose quotidiennement au prolétariat international. Certes ici, en Europe, cela se remarque beaucoup moins car les pressions militaires de l’Europe (ou de la France) sont plus faibles dans la mesure où les impérialistes européens n’ont que des moyens militaires limités au niveau international pour intervenir dans le Pacifique (ce qui ne les empêche pas bien sûr d’envoyer des troupes à l’étranger dans leurs ex-colonies en Afrique ainsi qu’en Afghanistan, dans les Balkans, etc.). Face à de telles menaces, il est vital que la Chine modernise son armement. Face aux milliers de têtes nucléaires dont disposent les impérialistes, le développement de son armement nucléaire est aussi le seul moyen de les tenir sérieusement en respect. Mais la politique de la bureaucratie stalinienne, en affaiblissant le système de propriété nationalisée en Chine et en recherchant la conciliation avec l’impérialisme au niveau international, met en danger cette défense.
Les complices pro-impérialistes de la contre-révolution
Par rapport aux nombreux groupes qui se prétendent frauduleusement trotskystes ou influencés par le trotskysme et qui proclament que la « voie capitaliste » a triomphé de façon décisive en Chine, on peut dire globalement que, si c’était vrai, cela remettrait en question la nécessité et le caractère progressiste de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes ainsi que celle du pouvoir ouvrier. Car la Chine telle qu’elle existe aujourd’hui aurait un système capitaliste qui garantit la croissance rapide et ininterrompue des forces productives sans contractions cycliques (alors que, pour les marxistes, celles-ci sont inhérentes au capitalisme). En effet, depuis une vingtaine d’années, le taux de croissance de l’économie chinoise se situe entre 7 et 9 % par an, un rythme avec lequel les grandes puissances impérialistes ne peuvent rivaliser. Le poste le plus important des dépenses gouvernementales, et celui qui augmente le plus vite, se situe dans les investissements au niveau des infrastructures à un moment où le monde capitaliste tout entier s’adonne à l’austérité budgétaire. La Chine a traversé avec succès la crise financière asiatique de 1997-1998, puis la récession générale du monde capitaliste qui a suivi.
Le véritable objectif de ces réformistes, lorsqu’ils proclament que la Chine est déjà capitaliste, c’est de se donner une justification pour leur soutien aux forces anticommunistes pro-impérialistes à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, au nom de la promotion de la « démocratie » bourgeoise, tout comme ils avaient soutenu la contre-révolution « démocratique » de Boris Eltsine en URSS en 1991. Une minorité dans la direction du CIO de Peter Taaffe, auquel appartient la Gauche révolutionnaire en France, argumente au moins depuis 1998 pour que le CIO reconnaisse que la Chine est capitaliste, et elle a eu gain de cause récemment apparemment. Ils écrivent dans une brochure disponible sur leur site Internet Chinaworker : « Cela […] détermine quelle attitude le CIO, et au-delà de nous une partie importante du mouvement ouvrier international, doit adopter à l’égard du régime de Pékin. C’est un point de référence vital pour élaborer des perspectives pour l’avenir, par exemple lors de conflits internationaux, notamment dans le cas de Taïwan. […] En Chine, un régime que l’on pourrait décrire très bien comme nationaliste bourgeois s’est mis en place, qui joue un rôle de plus en plus impérialiste. Bien sûr il est impossible de parler d’impérialisme […] à moins qu’on accepte que le caractère de classe du régime chinois a changé. » Voilà qui a le mérite d’être explicite sur les motivations. Face aux possibilités grandissantes de conflit militaire, en particulier autour de Taïwan, les taaffistes ont changé de position pour se retrouver à défendre Taïwan contre les « impérialistes » chinois.
Taïwan est ethniquement, linguistiquement et historiquement chinois. Le 13 mars 2005, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan nous écrivions :
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
– cité dans le Bolchévik n° 172, juin 2005
On peut comparer avec Taaffe, le dirigeant du CIO, qui a écrit un article fin 2005 pour insister sur les droits « démocratiques » de Taïwan face à la Chine, ceci juste après que les militaires américains et japonais avaient signé leur accord dont je viens de parler. Taaffe écrit : « Néanmoins le régime chinois est une dictature. De plus, du point de vue des masses taïwanaises, celles-ci ne voudraient pas se mettre sous son contrôle, préférant les droits démocratiques, mêmes limités, dont elles bénéficient avec le régime démocratique bourgeois, ce qu’est le régime de Taïwan. » Les forces du CIO de Taaffe étaient littéralement sur les barricades d’Eltsine en Russie, avec le reste de la racaille contre-révolutionnaire en août 1991 ; ils ont directement pris part à la dévastation d’ordre historique qui a suivi la restauration capitaliste menée au nom de la « démocratie ». Nous avons au contraire lutté pour mobiliser la classe ouvrière soviétique pour balayer les barricades d’Eltsine et lutter pour une révolution politique prolétarienne. Et donc ici, sur la Chine, il n’est pas surprenant que les taaffistes continuent de semer les pires illusions dans le système capitaliste et la démocratie bourgeoise parlementaire. Taaffe déclare sans ambiguïté que le CIO sera à nouveau du côté des forces impérialistes et de leurs valets dans toute confrontation militaire avec la Chine.
La pénétration capitaliste en Chine
Les justifications pour affirmer que la Chine est déjà capitaliste sont basées sur le fait qu’il y a des capitalistes en Chine, que les entreprises d’Etat ont été restructurées, sur le fait que la propriété privée a été reconnue officiellement par le PCC, qu’il y a des Bourses, etc. Nous ne définissons pas la nature de classe de l’Etat, comme le font les réformistes, par le pourcentage de l’industrie nationalisée, par le nombre de services sociaux, d’éducation ou de santé gérés par l’Etat, mais à la lumière de l’élément déterminant qu’a été le renversement de l’Etat bourgeois chinois en 1949 et du fait que le capitalisme a été exproprié et l’Etat continue fondamentalement de défendre ces formes de propriété sociale.
Un élément clé pour nous, quand nous caractérisons la nature de classe maintenue de l’Etat ouvrier déformé chinois, c’est que la base du pouvoir politique de la bureaucratie stalinienne de Pékin continue de se trouver dans le noyau des secteurs collectivisés de l’économie chinoise. Aujourd’hui en Chine ils constituent le cœur de l’économie et ils continuent à dominer, même si ce n’est pas d’une manière particulièrement stable ou cohérente. En 2003, les entreprises d’Etat et celles contrôlées par le parti (sociétés par actions) employaient la moitié des ouvriers et employés chinois, et représentaient 57 % du produit industriel brut (McKinsey Quarterly, 2004).
Mais cette simple statistique masque la place stratégique de l’industrie d’Etat. Le secteur privé (incluant les entreprises étrangères) est constitué principalement d’industries légères utilisant beaucoup de main-d’œuvre et peu d’équipements lourds. L’industrie lourde, les secteurs de haute technologie, la production d’acier, des métaux non ferreux et des machines outils, les télécommunications, la production d’électricité, l’extraction pétrolière et gazière, le raffinage, les armements modernes, tout cela est essentiellement concentré dans les entreprises d’Etat.
Bien sûr, si la bureaucratie continue à préserver la propriété d’Etat, ce n’est pas parce qu’elle s’identifie subjectivement avec le socialisme, mais, comme l’écrivait Trotsky, seulement « par crainte du prolétariat ». Car la politique économique du régime du PCC est toujours contrainte par la terreur d’une agitation sociale – en particulier ouvrière, étant donné la taille et la puissance de la classe ouvrière – qui pourrait renverser son régime parasitaire. Les massacres perpétrés le 4 juin 1989 dans les quartiers ouvriers de Pékin ont été déclenchés par la bureaucratie quand la classe ouvrière chinoise a commencé à se mobiliser. Au début, les manifestations n’étaient qu’une agitation étudiante pour la libéralisation politique et contre la corruption. Quand les premières unités militaires ont été envoyées pour écraser les manifestations, elles ont au lieu de cela commencé à sympathiser avec elles. Puis des millions de personnes sont entrées en mouvement, avec au centre la classe ouvrière. Elle a commencé à se réunir en AG de masse, voire à créer un embryon d’organisation, de conseils ouvriers. C’est la possibilité que la classe ouvrière entre en scène qui a terrifié la bureaucratie et a amené la sanglante répression.
Comme nous le disons dans le Bolchévik (juin) à propos de la vague actuelle de mécontentement et de protestations contre les réformes du « socialisme de marché » :
« Cette agitation a provoqué, dans de nombreux forums et réunions organisés par le Parti communiste chinois (PCC), des débats entre les dirigeants de la bureaucratie qui veulent que l’“ouverture” économique se poursuive au même rythme, les “néo-marxistes” qui veulent que l’Etat intervienne davantage pour limiter les ravages des “réformes de marché”, et les “conservateurs” maoïstes qui cherchent à revenir à une économie bureaucratiquement planifiée. Le mois dernier une controverse a éclaté au cours d’une séance de l’organe législatif, l’Assemblée nationale populaire, autour d’une proposition de loi visant à protéger la propriété privée, qui a été finalement retirée. »
La Gauche révolutionnaire ou les pablistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) argumentent que le PCC agit maintenant comme un parti bourgeois parce qu’ils ont reconnu le droit à la propriété privée, que des entrepreneurs peuvent être membres du PCC, etc. Le CIO-GR considère que la Chine serait devenue capitaliste en 1992 (c’était « hybride » – c’est ce qu’ils disent – entre la fin des années 1980 et 1992). Mais aucun des faits qu’ils avancent pour ce changement ne correspond à cette date de 1992. La propriété privée, les Bourses, les entrepreneurs dans le PCC, tout cela s’est produit bien avant ou après. Les facteurs avancés dans la brochure sont … la destruction de l’URSS venant après les événements de Tiananmen : « le régime n’a pas vu d’autre alternative que de terminer la transition vers le capitalisme. »
Trotsky argumentait que ceux qui cherchaient à prouver que l’URSS (dans les années 1930) était capitaliste en fait déroulaient le fil du réformisme à l’envers. Les réformistes, ici, dans les pays capitalistes, expliquent qu’on peut changer la nature de l’Etat par des élections et une lutte parlementaire, ou par des pressions sur le parlement ou le gouvernement capitalistes. Le fil du réformisme à l’envers, c’est d’appliquer ce même réformisme à l’Etat ouvrier, c’est-à-dire que la nature de l’Etat ouvrier pourrait changer par simple décret ou lors d’un vote à un congrès. Il n’y a pas de lutte acharnée entre la classe ouvrière et les paysans et les contre-révolutionnaires, dans un sens ou dans l’autre. Le CIO-GR montre ici un magnifique exemple de ce « réformisme à l’envers » quand ils disent : « Le régime n’a pas vu d’autre alternative » et voilà, l’Etat a changé de nature.
Regardons d’un peu plus près l’économie de l’Etat ouvrier déformé chinois, ce qui est un devoir pour des marxistes sérieux qui le défendent.
Les banques. Un des moyens pour maintenir le contrôle de l’économie entre les mains de l’Etat c’est les banques. Les quatre plus grandes banques de Chine sont propriété d’Etat. Presque toute l’épargne des ménages – estimée à mille milliards de dollars – et tous les surplus générés en dehors des secteurs dont les propriétaires sont étrangers sont déposés dans ces quatre principales banques. Le contrôle exercé par le gouvernement sur le système financier est un élément crucial pour maintenir et augmenter la production dans l’industrie d’Etat et pour le développement global du secteur d’Etat. Le maintien dans le giron de l’Etat du système financier a jusqu’à présent permis au régime de Pékin de contrôler effectivement les flux de capitaux financiers en entrée et en sortie de la Chine continentale. La monnaie chinoise n’est pas librement convertible ; elle n’est pas échangeable (légalement) sur les marchés internationaux des devises. La convertibilité restreinte du yuan a protégé la Chine des mouvements volatiles des capitaux à court terme qui dévastent périodiquement les économies des pays néocoloniaux du tiers-monde, de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient. Même si le yuan a été légèrement réévalué depuis l’année dernière, le régime de Pékin le maintient largement sous-évalué (selon les critères du « marché libre »), au grand déplaisir des capitalistes américains, japonais et européens.
Derrière la pression actuellement exercée tant sur le yuan que sur les banques par les bourgeoisies américaine, européennes et japonaise, se profile une attaque plus fondamentale contre le système financier étatisé chinois. Les impérialistes veulent forcer le régime de Pékin à rendre le yuan totalement convertible, afin d’ouvrir sans restriction la Chine à la pénétration financière des banques de Wall Street, de Francfort et de Tokyo, ce qui serait un danger mortel.
Le secteur privé. Le contrôle exercé par le gouvernement sur les banques et le système financier permet de contrôler le secteur privé. En Chine, depuis une vingtaine d’années, une large part de l’industrie d’Etat – aussi bien en termes de nombre d’entreprises, de main-d’œuvre employée ou de volume de production – a été privatisée. Nos opposants disent que l’existence de ce secteur prouve la marche en avant de la restauration capitaliste.
Beaucoup de PME du secteur public ont été tout simplement vendues aux cadres qui les dirigeaient et qui sont souvent membres du PCC et conservent les mêmes liens qu’ils avaient auparavant avec le parti. Maintenant, il existe un secteur industriel purement privé, y compris avec quelques grands groupes (par exemple dans l’acier, dans l’automobile). Mais ce secteur purement privé est confronté au secteur bancaire d’Etat qui favorise les entreprises d’Etat. Si toutes les entreprises d’Etat qui n’ont pas remboursé leurs prêts bancaires et qui ne pouvaient pas les rembourser avaient été fermées, la Chine serait devenue depuis longtemps une zone de catastrophe économique. Mais au contraire, d’une manière totalement non planifiée, inadéquate et erratique, les prêts bancaires « non performants » se sont substitués au financement gouvernemental direct. C’est ainsi qu’en 1998-1999 la banque centrale a donné 200 milliards de dollars aux principales banques commerciales en échange d’un montant équivalent en « prêts non performants ». En 2003 et 2004, les deux plus grosses banques ont encore bénéficié chacune de 45 milliards de dollars de dotation.
Le système financier chinois repose sur deux facteurs principaux : 1) tout le monde sait que le gouvernement est derrière les banques ; 2) les banques privées, notamment occidentales, ne sont pas (encore) autorisées à leur faire concurrence. Si depuis début 2006 les banques des impérialistes peuvent acheter des morceaux des banques chinoises, il semble pour le moment que ce soit dans des conditions précises : elles ont des participations minoritaires et exceptionnellement seulement quelqu’un dans le conseil d’administration.
Quand une conférence du PCC a voté un amendement à la Constitution pour « protéger la propriété privée », certains groupes (comme les pablistes japonais – Kakehashi – ou le CIO) ont dit que cela prouvait leur évaluation que la Chine était devenue capitaliste. Ce nouvel amendement était en fait le reflet d’une réalité qui existait déjà. La propriété privée existe en Chine depuis des années. L’héritage existe depuis 1982. Avec cet amendement, la bureaucratie essaie d’assurer ses privilèges en reconnaissant légalement la propriété privée et le droit d’hériter. Ce n’est pas telle ou telle résolution adoptée par la bureaucratie, même si celles-ci représentent une évolution inquiétante, qui déterminera où va la Chine, mais le conflit social. La propriété privée en Chine est aussi instable que la bureaucratie elle-même. La propriété privée et les capitalistes existent en Chine aujourd’hui dans la mesure où la bureaucratie, agissant sous les pressions d’une part de l’impérialisme, de l’autre du prolétariat, les autorise à exister. La propriété privée soi-disant « inviolable » sera violée par la bureaucratie sous l’impact des menaces contre-révolutionnaires ouvertes des impérialistes et de la bourgeoisie ou, plus fondamentalement, par une classe ouvrière ascendante en lutte pour le pouvoir politique. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que la politique économique du régime stalinien de Pékin d’encourager l’entreprise capitaliste renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et partis soutenus par l’impérialisme et ouvertement contre-révolutionnaires.
La Bourse. Làencore c’est un argument des taaffistes et autres réformistes qui ne tient pas. Beaucoup d’entreprises d’Etat de plus grande taille ont été « privatisées » grâce à un système d’actionnariat. Sur les sociétés cotées dans les deux principales Bourses chinoises, le gouvernement détient soit une majorité des actions, soit une forte participation minoritaire. Mais même dans ce dernier cas, celles-ci restent de fait contrôlées par le gouvernement, parce que le PCC conserve le monopole du pouvoir politique. L’autorisation d’introduire une société en Bourse est donnée d’abord et avant tout aux sociétés d’Etat, ce qui prive les entreprises privées de financements facilement accessibles. C’est-à-dire que s’il n’y a pas de démocratie ouvrière en Chine, il n’y a pas non plus de démocratie des actionnaires. Les actionnaires des sociétés chinoises n’ont pas de droits de propriété au sens capitaliste. Ils ont le droit aux revenus de leurs actifs financiers, et ils peuvent vendre leurs actions. Mais ils ne peuvent pas déterminer, ni même influencer, la gestion et la politique des entreprises.
La poudrière
La situation en Chine reste donc extrêmement contradictoire et explosive. Malgré un taux de croissance de l’économie de presque 10 % par an depuis plus de 20 ans, tous les secteurs de la classe ouvrière n’ont pas bénéficié d’une amélioration de leurs niveaux de vie. Un des résultats des privatisations accompagnées de fusions et de fermetures, a été le licenciement de 20 à 30 millions d’ouvriers, de façon disproportionnée des femmes. Ceux qui ont la chance de retrouver du travail, essentiellement dans le secteur privé, ont dû accepter des salaires plus bas et n’ont aucun des avantages que leur fournissaient les entreprises d’Etat. Une des principales régions particulièrement dévastées au niveau économique a été la « ceinture rouillée » dans le Nord-Est dans laquelle une grande partie des anciennes usines industrielles étaient concentrées. Là, près de 40 % de la classe ouvrière est sans emploi.
Globalement le chômage est estimé varier entre 6 à 13 % de la population urbaine économiquement active. La Commission nationale du développement et de la réforme, un organisme gouvernemental supervisant la politique économique, prévoit que si l’économie se développe de 8 % cette année, cela génèrera 11 millions d’emploi en Chine, ce qui représente moins de la moitié des 25 millions officiels de chômeurs et de nouveaux demandeurs d’emploi dans les villes (Economist, 25 mars).
Entre 1999 et 2002 (d’après China Labor Statistical Yearbook, 2003), les salaires ont augmenté à un rythme de près de 12 %. Au cours des récentes années, des centres industriels majeurs comme Shenzhen ou Shanghaï ont commencé à subir une pénurie de travailleurs, en particulier parmi les travailleurs expérimentés. Une des conséquences est que les employeurs offrent des salaires plus élevés et de meilleurs avantages pour attirer les travailleurs. La presse a révélé que les entreprises chinoises, depuis quelques semaines, annoncent qu’elles sont obligées d’augmenter leurs prix de vente (de 10 voire 20 % parfois). Hong Liang, un économiste de la firme de Wall Street Goldman Sachs commentait ainsi : « Nous sommes en train de voir la fin de l’âge d’or des coûts extrêmement bas de la main-d’œuvre en Chine » (New York Times, 3 avril).
Comme je l’ai dit auparavant, le développement d’une classe ouvrière massive a entraîné une multiplication des luttes ouvrières. Cette classe ouvrière jeune, massive, n’a pas les illusions que les ouvriers en URSS ou en Allemagne de l’Est pouvaient avoir dans le capitalisme – ils sont tellement nombreux à avoir fait l’expérience directe ou indirecte des enclaves capitalistes. Les dizaines de milliers de grèves, de manifestations ou protestations des ouvriers et paysans chinois montre leur combativité. Mais ce qui manque à cette classe ouvrière, c’est un parti révolutionnaire pour la guider, pour lui donner conscience de ses tâches historiques, lui donner conscience de la nature de la bureaucratie et de pourquoi elle doit être combattue. Mais aussi lui donner conscience qu’elle doit défendre les acquis restants contre les impérialistes et leurs laquais.
En réaction à ces luttes de classe en plein essor, LO avance la construction de syndicats indépendants. Que la classe ouvrière chinoise s’organise de façon indépendante de la bureaucratie est essentiel à la révolution politique. Mais la revendication de « syndicats indépendants », quand elle se pose, doit être clairement reliée à la révolution politique prolétarienne et à la défense de la Chine contre les impérialistes ; sinon elle se transforme, comme cela a été le cas pour la Russie soviétique et l’Europe de l’Est, en cri de ralliement aux impérialistes ou leurs lieutenants ouvriers (comme les bureaucrates de l’AFL-CIO ou de Force ouvrière) qui utilisent cette revendication pour saper l’Etat ouvrier chinois et semer des illusions dans la « démocratie » bourgeoise.
Une composante vitale de la classe ouvrière sont les travailleurs migrants, dont beaucoup sont des femmes. Ceux-ci viennent de la campagne et se retrouvent à la tête des luttes ouvrières récentes. Dans le sud-est, beaucoup de jeunes femmes migrantes ont fait grève ou ont autrement refusé de travailler dans les conditions déplorables de travail des sweatshops, ce qui a provoqué une pénurie de main-d’œuvre depuis l’été 2004. A Shanghaï et Pékin, les travailleurs migrants, qui représentent 80 % de la force de travail dans l’industrie en plein boom du bâtiment, ont lutté et ont obtenu de meilleures conditions de travail.
Les restrictions sur l’exode rural vers les villes ont été assouplies ces dernières décennies, mais elles n’ont pas été éliminées. Les migrants, qui sont contraints d’accepter les travaux les plus dangereux et les plus pénibles, ne bénéficient pas des droits légaux des résidents citadins et sont obligés de vivre dans des endroits ségrégués. Beaucoup d’ouvriers des villes méprisent les migrants, qui sont considérés comme volant les emplois et la cause de la baisse des salaires. En Chine, un parti révolutionnaire d’avant-garde se battrait aujourd’hui pour unifier tous les secteurs de la classe ouvrière en alliance avec les ouvriers agricoles et les pauvres des villes. Une des clés pour une perspective de révolution politique prolétarienne en Chine est la bataille pour que les travailleurs migrants bénéficient des mêmes droits que les résidents locaux, y compris l’accès à la santé, au logement et à l’éducation publique, de même que d’un salaire égal à travail égal. Pour que triomphe la révolution politique, il est vital que la classe ouvrière gagne à sa cause les centaines de millions de paysans.
Un parti d’avant-garde révolutionnaire aurait pour tâche d’unifier dans la lutte tous les secteurs de la classe ouvrière. Et les travailleurs et travailleuses migrants sont un pont idéal entre la classe ouvrière et les paysans. Un tel parti soutiendra la résistance des paysans à la saisie de leurs terres par les bureaucrates locaux pour des développements industriels, d’infrastructures ou commerciaux. Les paysans ne doivent accepter de transférer leurs baux qu’en échange de compensations importantes pour la perte de leur moyen d’existence agricole.
Il est généralement reconnu que l’ère de la « réforme » a vu le développement d’un gouffre séparant la Chine rurale de la Chine urbaine ou séparant les provinces côtières des provinces de l’intérieur. Mais l’écart socio-économique grandissant entre la Chine rurale et la Chine urbaine n’a pas commencé avec les « réformes orientées vers le marché » de Deng. C’était quelque chose qui avait déjà été entamé au cours des dernières années de l’ère Mao. Entre 1952 et 1975, la moyenne de consommation par personne pour la population non agricole a augmenté de 83 % alors qu’elle n’a augmenté que de 41 % dans les campagnes. En 1980 (au début de l’ère de la « réforme »), chaque habitant des villes consommait 60 % de plus de céréales et mangeait deux fois et demie plus de viande que les membres des communes rurales. La différence était encore plus grande pour les biens de consommation manufacturés (les montres, les machines à laver, les radios). Au total, la consommation moyenne dans la Chine urbaine était deux à trois fois plus importante que dans la campagne.
On peut comparer avec l’Union soviétique en 1960-1970. Là, il y avait un rapprochement appréciable entre les niveaux de vie des populations rurales et urbaines. Une grande partie des fermes collectives se transformaient volontairement en fermes d’Etat, dans lesquelles les travailleurs recevaient un salaire uniforme et des avantages qui ne dépendaient pas de la production agricole fluctuante ni du prix auquel le gouvernement l’achetait. Au début des années 1980, les revenus des fermiers en URSS augmentaient à un rythme plus élevé que ceux des ouvriers d’usines et des employés. Ce plus grand degré d’égalitarisme était possible seulement parce que l’Union soviétique avait atteint un degré de productivité bien plus grand que celui de la Chine.
En ce qui concerne la paysannerie chinoise, pour certains aspects, il y a eu une amélioration significative des conditions de vie. La consommation d’électricité dans les régions rurales a été pratiquement multipliée par huit entre 1978 et 1997, la plupart des familles paysannes possèdent des appareils électroménagers. En 1997, les deux tiers des familles rurales avaient une télévision, un moyen élémentaire pour accéder à la vie culturelle moderne.
Toutefois, pour d’autres aspects importants, les conditions de vie des paysans se sont détériorées. Les communes rurales de l’époque de Mao procuraient des soins médicaux de base, une éducation primaire et secondaire, des retraites et d’autres programmes sociaux. De 1980 à 1983, Deng a dissout les communes et les a remplacées par des fermes familiales avec des baux à long terme – le « système de responsabilité familiale ». Les programmes sociaux qui étaient fournis auparavant par les communes devaient être soi-disant pris en charge par les gouvernements locaux. Etant donné l’extrême décentralisation du système financier gouvernemental chinois, les maigres revenus des villages et des petites villes ne pouvaient répondre aux besoins engendrés. Les familles de paysans ont dû payer de leur poche pour les soins médicaux et pour la scolarité de leurs enfants. Les conséquences sociales étaient prévisibles :
« Malgré de louables progrès dans l’accès fourni à l’éducation, des déséquilibres subsistent. Les régions rurales sont très en retard par rapport aux villes, et la population illettrée de la Chine se concentre dans les régions rurales. Il reste de grandes différences dans la qualité de l’éducation, et l’écart dans les possibilités d’éducation s’approfondit au fur et à mesure que l’étudiant prend de l’âge. Des écarts importants subsistent au niveau de la santé des citadins et des campagnards et parmi les habitants de différentes régions. La mortalité infantile et maternelle est deux fois plus importante dans les régions rurales que dans les villes. Tous les indicateurs montrent des écarts très distincts dans la nutrition entre les enfants des campagnes et ceux des villes. »
– China Human Development Report 2005 [Rapport de 2005 sur le développement humain en Chine]
Le régime de Hu Jintao a promis, sous le mot d’ordre « une nouvelle campagne socialiste », d’améliorer les conditions de vie de la paysannerie pour répondre aux « cas massifs de désordre ». La charge fiscale a été réduite, les frais scolaires pour les écoles primaires et secondaires vont être supprimés et le gouvernement central a prévu de dépenser plus d’argent dans les régions rurales pour des programmes sociaux et de faire des investissements dans les infrastructures. Cependant, l’Economist (11 mars) faisait remarquer :
« Ces mesures n’ont pas engendré un changement politique marquant. Les sommes que dépense le gouvernement sur les campagnes ne représenteront encore que 8,9 % du total des dépenses du gouvernement, plus que les 8,8 % de l’année dernière mais moins que les 9,2 % de 2004. L’abolition des taxes agricoles et des autres charges sur les paysans permettra à chaque habitant des campagnes d’économiser en moyenne 156 yuans (19 $) par an – à peu près 4,8 % du revenu net. »
Une réduction réelle de l’écart entre la Chine rurale et la Chine urbaine demandera une redistribution et une nouvelle répartition massives des ressources économiques. L’introduction de la technologie moderne dans la campagne – allant des engrais à tout système d’agriculture scientifique – exigerait une base industrielle qualitativement supérieure à ce qui existe actuellement. D’un autre côté, une augmentation de la productivité agricole augmenterait le besoin d’une importante expansion de l’emploi industriel dans les zones urbaines pour absorber le vaste surplus de main-d’œuvre dont la campagne n’aurait plus besoin. Il est clair que ceci implique un long processus, en particulier étant donné la taille encore limitée de la base industrielle en Chine et le bas degré de sa productivité. Le rythme, et au bout du compte, la faisabilité de cette perspective repose sur l’aide que recevrait la Chine d’un Japon socialiste ou d’une Amérique socialiste, ce qui souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale.
Défendre la révolution
Un parti révolutionnaire devra lutter contre la propagande de la bureaucratie sur le fait que la démocratie des soviets est impossible. La question d’une économie centralisée basée sur la démocratie des soviets ouvriers (et paysans) est une question clé en Chine, et il faut gagner la classe ouvrière et la paysannerie chinoises à cette perspective.
Par exemple pour déterminer la fraction des ressources économiques totales qui sera consacrée, disons au système de santé par rapport aux autres besoins tels que l’investissement dans le développement économique et les infrastructures, la défense militaire, l’éducation, les retraites des personnes âgées, etc. Cette répartition des ressources économiques totales entre les différents besoins concurrents devra être débattue et décidée au plus haut niveau d’un gouvernement basé sur des soviets ouvriers (et paysans). La coordination des différentes activités économiques (comme la construction, les équipement médicaux, les logiciels) pour développer un système de santé demandera une administration et une planification centralisées. Un tel système est entièrement compatible avec la participation démocratique active des ouvriers sur les sites de production pour conseiller sur le meilleur usage de la technologie, établir et renforcer les systèmes de sécurité, maintenir la discipline ouvrière, etc.
Il est certain que les travailleurs chinois considéraient l’emploi garanti à vie et les avantages sociaux allant avec (ce qu’on appelait le « bol de riz en fer ») comme l’un des principaux acquis sociaux de la Révolution de 1949. Cependant, un pays aussi pauvre et économiquement arriéré que la Chine ne peut manifestement pas fournir à des centaines de millions de paysans des emplois dans des industries d’Etat, et encore moins des emplois garantis à vie et avec un niveau de salaire et d’avantages sociaux deux ou trois fois plus élevé que le revenu des membres des communes rurales.
Afin de maintenir l’ordre social le régime du PCC a empêché par la force pendant l’ère de Mao les paysans d’émigrer vers les villes pour y chercher du travail. De plus le régime ne fournissait pas non plus d’emplois dans le secteur d’Etat à tous les travailleurs urbains. Pendant la Révolution culturelle, environ 17 millions de jeunes citadins ont été envoyés dans les campagnes à la fin de leurs études, séparés de leur famille et de leurs amis. Dans les dernières années de l’époque de Mao, les communes rurales étaient devenues un énorme réservoir de chômage et de sous-emploi déguisé.
La Révolution culturelle avait en partie pour objectif de réduire les conditions de vie de la classe ouvrière au nom d’un « égalitarisme socialiste » bidon. De plus, l’emploi garanti à vie dans une entreprise donnée n’était pas rationnel d’un point de vue économique, et il freinait de plus en plus la maximisation de la productivité du travail au moyen de nouveaux investissements. Une grande partie de l’infrastructure industrielle de la Chine a été construite pendant le Premier plan quinquennal (le plus réussi) au milieu des années 1950. Cela comprenait la technologie la plus moderne que la Chine pouvait obtenir de l’Union soviétique. Dans les années 1970 beaucoup d’entreprises industrielles étaient devenues technologiquement obsolètes. Pour maximiser la productivité du travail, le niveau d’investissement étant donné, il fallait fermer certaines entreprises et les remplacer par de nouvelles, ou les moderniser avec des technologies plus modernes économisant le travail. Dans tous les cas un grand nombre d’emplois spécifiques existants devaient être éliminés. Un gouvernement vraiment socialiste réemploierait ailleurs les travailleurs devenus surnuméraires, avec des salaires et des avantages sociaux comparables, y compris en finançant leur déménagement et leur formation aux frais de l’Etat. Bien entendu Deng et ses successeurs n’ont rien fait de la sorte. Les travailleurs licenciés des entreprises d’Etat ont été abandonnés à eux-mêmes, et beaucoup d’entre eux ont souffert de vraies privations. Quant au régime de Mao, il a dans les faits gelé les salaires pendant vingt ans avec des ordres bureaucratiques et la répression d’un Etat policier.
Si on veut des niveaux de salaire et d’avantages sociaux uniformes dans les différentes entreprises, industries et les différentes régions – à travail égal, salaire égal – cela demande nécessairement une économie gérée centralement. Seul un tel système est capable de redistribuer les ressources des entreprises, des industries et des provinces les plus productives vers les moins productives.
L’expansion de la base industrielle pour absorber les paysans sans travail pose le problème des entreprises des impérialistes en Chine. En tant que révolutionnaires marxistes, nous ne sommes pas opposés aux relations économiques importantes que la Chine entretient avec le monde capitaliste à travers le commerce et les joint-ventures avec les compagnies occidentales ou japonaises. Un gouvernement basé sur des soviets ouvriers et paysans en Chine, dirigé par un parti léniniste-trotskyste, chercherait à utiliser le marché mondial pour accélérer son développement économique. Mais pour faire cela, il rétablirait le monopole d’Etat sur le commerce extérieur. Et il renégocierait les termes des investissements étrangers dans l’intérêt des ouvriers et de leur Etat.
De façon plus fondamentale, un gouvernement socialiste révolutionnaire en Chine favoriserait activement des révolutions prolétariennes internationalement. C’est pour fournir au prolétariat la direction nécessaire dans ces luttes que la LCI cherche à reforger la Quatrième Internationale de Trotsky – le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/177/chine.html
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PSA Aulnay : Hollande élu pour gérer les fermetures d’usines - Pour une lutte de classe contre les capitalistes et leur gouvernement ! (Septembre 2012)

https://archive.is/lzUKz
Le Bolchévik nº 201 Septembre 2012
Moins de quatre semaines après les élections législatives et la victoire définitive du PS de François Hollande tombait l’annonce par Peugeot SA (PSA) de la fermeture de son usine d’Aulnay-sous-Bois en région parisienne. Plus de 3 000 ouvriers ont la tête sur le billot du Capital, sans compter une dizaine de milliers de travailleurs chez les sous-traitants. Il s’agit de la plus grosse usine de tout le département du 9-3, déjà sinistré par le chômage et la désindustrialisation. La misère et l’oppression raciste n’y font que s’aggraver depuis la révolte des banlieues de 2005, qui avait commencé à Clichy-sous-Bois, non loin d’Aulnay.
Il semblerait qu’en France il faille des gouvernements dirigés par le Parti socialiste pour gérer de grandes fermetures d’usines automobiles. En 1989 c’était sous un gouvernement Mitterrand-Rocard qu’avait été annoncée la fermeture de l’usine de Renault-Billancourt, fermée en 1992. En 1997 c’était au tour du gouvernement Jospin (avec participation du PCF) de faire passer la fermeture par Renault de son usine de Vilvorde, dans la banlieue de Bruxelles. Et maintenant c’est Hollande qui commence son quinquennat avec la fermeture de l’usine d’Aulnay.
Et ce n’est que le hors-d’œuvre des attaques prévues par ce gouvernement. Il a déjà annoncé une série de hausses d’impôts notamment sur les heures supplémentaires et sur le tabac, en attendant d’ici la fin de l’année une augmentation substantielle de la CSG payée par les travailleurs. Il taille à la hache dans les emplois de fonctionnaires. Il procède à la destruction systématique et sans précédent des abris précaires des Roms. Les déportations de sans-papiers se poursuivent par milliers, tout particulièrement à Mayotte où un bébé est mort dans un camp de rétention au mois d’août.
Manuel Valls, nouveau ministre des flics, a décrété des « zones de sécurité prioritaire », autrement dit le renforcement de la terreur policière raciste dans les banlieues ouvrières. Et il a eu du résultat immédiatement : à la mi-août, une violente émeute de flics, commencée par l’attaque policière d’une cérémonie de deuil d’une famille d’origine maghrébine, a secoué pendant plusieurs jours les quartiers d’Amiens. Comme sous Sarkozy, le gouvernement vise deux franges de la population que bien peu sont prêts à défendre, les Roms et les jeunes de banlieue, pour renforcer l’appareil de répression capitaliste contre toute la classe ouvrière. A bas la terreur raciste des flics contre les jeunes de banlieue ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici, y compris les Roms !
Comme nous l’avions fait avec Mitterrand ou Jospin, nous avons fait campagne au début de l’année contre tout vote pour le candidat Hollande. Si Hollande s’était présenté en son propre nom comme candidat du PS, nous nous serions aussi opposés à son gouvernement capitaliste et nous aurions appelé à ne pas voter pour lui. Le PS est un parti ouvrier-bourgeois, c’est-à-dire qu’il se revendique encore (du bout des lèvres) du mouvement ouvrier et s’appuie sur les bureaucraties syndicales, mais sa direction et son programme sont totalement procapitalistes.
En France un gouvernement « de gauche », cela veut dire un bloc de partis sociaux-démocrates, comme le PS ou le PCF, avec des forces bourgeoises pour gérer ensemble le capitalisme – un « front populaire ». Avec un tel bloc, les réformistes donnent des garanties par avance que les Peugeot, les Bettencourt et les autres quelques centaines de familles qui forment la bourgeoisie française seront fidèlement servis, avec austérité anti-ouvrière, privatisations et terreur raciste. Hollande poursuit cette tradition en gouvernant avec les Verts de Duflot, les Radicaux de gauche de Baylet et le Mouvement républicain et citoyen de Chevènement. Les travailleurs doivent rompre avec les traîtres sociaux-démocrates et la collaboration de classes. Ils ont besoin de leur propre parti révolutionnaire, agissant dans leur intérêt de classe et s’engageant à lutter pour le renversement de ce système capitaliste pourri. A bas le front populaire !
Nous avions mis en garde qu’un gouvernement Hollande allait attaquer les travailleurs tout comme celui de Sarkozy, à la différence que Hollande allait bénéficier du soutien des bureaucrates syndicaux : Bernard Thibault, chef de la CGT, a ainsi appelé directement à voter pour lui. Alors que de nombreuses usines se retrouvent confrontées à des plans de licenciements, voire la fermeture pure et simple, avec PSA Aulnay en première ligne, la direction de la CGT laisse chaque syndicat se débrouiller seul. Ainsi, la hiérarchie de la CGT boycotte depuis avril toute mobilisation de sa base parisienne contre le plan de suppressions d’emplois de PSA, que ce soit pour les rassemblements du 28 juin et du 25 juillet à Paris ou du 12 juillet à Aulnay. Le soutien au gouvernement des chefs syndicaux contribue à faire dérailler les luttes des travailleurs.
Crise de l’automobile et crise du capitalisme
La crise de l’industrie automobile est profonde dans toute l’Europe, et elle reflète la crise de l’Union européenne (UE) elle-même. La crise financière mondiale, qui a éclaté en 2008 dans le secteur financier, a débouché en Europe sur une crise de surproduction tout à fait classique. Y compris en Allemagne, pratiquement le seul pays de l’UE où les ventes automobiles ne se sont pas effondrées ces derniers mois, General Motors s’apprête à fermer son usine de Bochum dans la Ruhr, une région sinistrée depuis des décennies par la crise de la sidérurgie et la désindustrialisation. Les ventes d’automobiles sont en recul de 40 % en Grèce sur les cinq premiers mois de l’année suite à l’austérité drastique imposée par Merkel et Sarkozy (maintenant aggravée par Merkel et Hollande) – tout cela dans le but de renflouer notamment les banques allemandes et françaises « victimes », par effet boomerang, de leur propre spéculation effrénée sur la dette des Etats les plus faibles de l’UE.
Nous sommes depuis toujours opposés à l’Union européenne et à ses prédécesseurs. L’UE est un consortium impérialiste instable composé d’Etats-nations distincts, dirigé par l’Allemagne et de façon subordonnée par la France. Le but de ces Etats dans l’alliance est de mieux saigner leur propre classe ouvrière au nom de la « concurrence libre et non faussée », de mutualiser partiellement la chasse raciste aux immigrés et de faire front commun si possible contre leurs rivaux impérialistes américains et japonais ainsi que contre l’Etat ouvrier déformé chinois. Nous écrivions déjà en janvier 1973 (Workers Vanguard n° 15) : « A l’époque impérialiste, les alliances entre Etats capitalistes, y compris sous leurs aspects économiques, sont tournées contre d’autres Etats, qu’ils soient des Etats avancés ou retardataires. Le Marché commun est fondamentalement une alliance instable entre le capitalisme français et le capitalisme allemand basée sur les politiques économiques les plus réactionnaires. »
Chaque gouvernement capitaliste de l’UE est le comité exécutif de sa propre classe capitaliste nationale, et ces classes se livrent entre elles une concurrence aujourd’hui exacerbée par la crise économique. L’aiguisement de ces contradictions internes à l’UE pousse inexorablement cette dernière vers l’implosion, et c’est aux ouvriers qu’est présentée la facture. Nous disons : A bas l’Union européenne capitaliste-impérialiste ! A bas la Banque centrale européenne et l’euro !
Peugeot n’a de son point de vue d’autre solution que de saccager ainsi la vie de milliers de travailleurs : les pertes sont énormes ces derniers mois ; le marché européen, qui est le principal marché de PSA, est en pleine déconfiture et cela ne peut que s’aggraver au fur et à mesure que la spirale récessionniste happe davantage de pays. Peugeot est « trop petit », c’est-à-dire que la concentration du capital se poursuit au niveau international à un niveau jamais vu et que Peugeot figure aujourd’hui parmi les perdants de cette lutte impitoyable. Un cartel de plus en plus restreint de compagnies contrôle une part croissante du marché, et ces cartels eux-mêmes ne font que préparer de nouvelles luttes plus féroces encore pour la suprématie mondiale. Ce processus inexorable, broyant les vies, broyant au passage des sociétés capitalistes séculaires, résulte de la nature même du capitalisme en tant que système irrationnel de production : la production est socialisée et centralisée dans d’immenses entreprises planifiant la production internationalement, mais la production est déterminée non par les besoins objectifs de l’humanité mais par le taux de profit qu’une entreprise peut tirer ou pas de l’exploitation de sa main-d’œuvre salariée.
Ce genre de crise économique et de concentration des monopoles a déjà conduit par deux fois l’humanité dans des guerres mondiales où des millions de travailleurs ont péri sur l’autel du profit. Une nouvelle guerre mondiale risquerait de finir avec l’annihilation de l’humanité tout entière. Lénine, le révolutionnaire bolchévique russe, l’avait déjà expliqué dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, un ouvrage d’une actualité brûlante encore aujourd’hui alors qu’il avait été écrit en pleine boucherie impérialiste de la Première Guerre mondiale, en 1916. Il n’y a pas de solution pour les travailleurs sous le capitalisme. Il faut le renverser par la révolution socialiste. L’entremêlement des économies au niveau européen ne rend que plus urgente l’extension d’une telle révolution à tout le continent pour exproprier les capitalistes et réorganiser l’économie sur la base d’une planification internationale pour répondre aux besoins de l’humanité et non à la soif de profit des capitalistes. Pour les Etats-Unis socialistes d’Europe !
Pour un programme de transition vers la révolution socialiste
L’ampleur de la crise ne fait que souligner la nécessité d’une issue révolutionnaire internationaliste. Le reste n’est que « panacée » de charlatan réformiste. Ainsi, la revendication du « partage du travail entre les usines du groupe PSA » que met en avant Lutte ouvrière (Lutte de Classe, juillet-août 2011) face au plan de fermeture de l’usine d’Aulnay, est en elle-même qualitativement insuffisante pour répondre aux attaques que subissent ces travailleurs, car le problème ne peut être résolu seulement dans le cadre de PSA. Soit ce partage se ferait avec diminution de salaire, ce que ne peuvent accepter des travailleurs qui déjà végètent au bord de la misère, soit il amènerait Peugeot, en piètre situation financière sur les marchés des capitaux, à la faillite.
Il faudrait élargir la mobilisation non seulement à tout le groupe PSA mais au-delà, y compris à l’ensemble de l’industrie automobile. Il faut lutter pour le partage du travail entre toutes les mains, sans perte de salaire, en étendant cette revendication à tous les travailleurs : non seulement tous les intérimaires doivent obtenir des contrats en CDI, mais aussi ceux qui travaillent chez les sous-traitants comme ceux de Magnetto sur le site de PSA Aulnay, ainsi que dans les usines sous-traitantes externes aux sites de PSA, où les syndicats sont encore plus faibles qu’à Aulnay et où règne souvent l’arbitraire patronal ; ces entreprises doivent être intégrées ou réintégrées dans PSA, sur la base de la meilleure grille de salaires et d’avantages sociaux. Cela pose la question d’un syndicat industriel regroupant dans une même organisation tous les travailleurs employés dans la branche et luttant pour imposer une convention collective qui soit digne de ce nom. Et cela non seulement au niveau français mais européen : les travailleurs de Trnava en Slovaquie (où le chômage des jeunes est de 40 % depuis la contre-révolution capitaliste), de Bochum (Opel) en Allemagne et de Vigo (PSA, Denso...) en Espagne doivent aussi avoir la même grille de salaires. C’est ainsi qu’on peut stopper l’offensive des patrons pour diviser entre eux les travailleurs d’Europe et les dresser les uns contre les autres.
Des milliers d’emplois d’intérimaires notamment ont déjà été supprimés à PSA ces dernières années. Le chômage ronge les quartiers de banlieue comme la cité des 3000 à Aulnay, où le chômage des jeunes avoisine les 50 % ; les enfants, les petits-enfants des travailleurs marocains ou turcs qui ont fait la fortune de Peugeot et d’autres trusts capitalistes eux aussi ont droit à un emploi décent. A travail égal, salaire égal, quel que soit le sexe ou l’origine ethnique !
Ce sont des revendications minimales pour la survie de la classe ouvrière. Les capitalistes disent évidemment qu’ils n’en ont pas les moyens, et ils n’en ont pas l’intention non plus. Pour mettre en œuvre une telle perspective, ce qui est nécessaire c’est que les travailleurs eux-mêmes prennent en charge l’organisation de l’embauche et du travail. Cela pose la question du contrôle ouvrier sur la production, et en fait du renversement de tout le système capitaliste. Cela pose la question d’exproprier les capitalistes et de réorganiser toute l’économie européenne et mondiale sur une base collectivisée, avec une planification internationale centralisée.
Les réformistes au chevet du système capitaliste en pleine putréfaction
L’obstacle à la lutte pour ce programme, le seul qui corresponde aux intérêts véritables de la classe ouvrière, ce sont les directions traîtresses de la classe ouvrière qui sont aujourd’hui complètement prostrées devant le gouvernement des patrons. Le mouvement ouvrier ici ne s’est toujours pas remis de la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique il y a 20 ans, une immense défaite qui pèse sur le moral des travailleurs en permettant aux capitalistes de poursuivre une campagne déchaînée sur la « mort du communisme », c’est-à-dire la soi-disant indépassabilité du capitalisme.
Commençons par les discours protectionnistes du ministre du Redressement du taux de profit, Arnaud Montebourg : en préconisant de plutôt fermer des usines dans d’autres pays Montebourg pousse les travailleurs de France à penser qu’ils auraient des intérêts communs plutôt avec la famille française Peugeot qu’avec les travailleurs de l’automobile dans d’autres pays. Peugeot joue d’ailleurs là-dessus en prétendant qu’il a déjà trop sacrifié à l’unité nationale en ne délocalisant pas suffisamment. La vérité c’est que les capitalistes n’investissent que selon le taux de profit qu’ils peuvent en retirer ; c’est en fonction de cela qu’ils choisissent là où ils investissent. Les travailleurs ont une arme pour contrer cette politique capitaliste du diviser pour mieux régner, c’est l’unité internationaliste de la classe ouvrière, ce qui pose la nécessité de reforger une internationale révolutionnaire, la Quatrième Internationale de Léon Trotsky.
En cherchant à empêcher la solidarité internationale des travailleurs, les sociaux-démocrates préparent de nouvelles défaites. On voit à PSA SevelNord à Hordain dans le département du Nord les premiers résultats de cette politique dévastatrice des acquis ouvriers avec l’accord signé le 26 juillet par Force ouvrière, la CGC et le SIA, un syndicat-maison à la solde de Peugeot, pour diminuer les salaires et augmenter le temps annuel de travail en échange d’un maintien de la production sur place au lieu de son transfert à Vigo en Espagne ; ce qu’il faut au contraire, c’est une lutte commune des travailleurs de Peugeot de Vigo et Madrid à Aulnay, Sochaux et Trnava (Slovaquie).
Quant au PCF, il fait maintenant le service après-vente de la promesse de Hollande/Montebourg de fermer l’usine d’Aulnay sans trop de troubles sociaux. On n’attendait rien d’autre d’un parti qui se considère comme faisant partie de la majorité présidentielle. Là où Hollande a expliqué dans son interview du 14 juillet qu’il allait offrir des subventions à Peugeot pour faire passer le plan de licenciements, Marie-George Buffet, députée PCF, s’est empressée de prétendre dans l’Humanité (16 juillet) que « l’intervention de François Hollande redonne un peu d’espoir ». Elle a osé qualifier de « phrase forte » la déclaration de Hollande que « ce plan est inacceptable », alors que Hollande avait immédiatement ajouté « en l’état » : autrement dit il est acceptable moyennant quelques pilules soporifiques comme de vagues promesses de reclassement et de formation ainsi que la création d’un « parc industriel » sur le site.
Prenons le NPA qui promeut dans ses colonnes à l’occasion la « décroissance », une idéologie capitaliste et chrétienne réactionnaire d’abstinence répandue par des curés comme Ivan Illich (voir par exemple Tout est à nous ! La revue, mai). Ces gens-là, qui souvent mènent une petite existence confortable dans des appartements bien chauffés et qui utilisent le dernier cri des communications modernes, expliquent au fond qu’après tout les travailleurs pourraient un peu, voire totalement, se passer de voiture. Ils sont la quintessence même de la régression du niveau de conscience du mouvement ouvrier ; ils expriment ouvertement l’opposition à la conception marxiste du socialisme, basée sur un développement énorme des forces productives permettant enfin de libérer l’humanité du besoin matériel.
Il reste dans le NPA quelques petits groupes qui se prétendent à gauche, par exemple la « tendance claire » dirigée par d’ex-lambertistes. C’est tout dire de leur pseudo radicalisme qu’ils cherchent à construire une organisation commune avec les « décroissants » réactionnaires et les partisans du « Conseil national de transition » libyen installé au pouvoir l’année dernière par les bombardements de l’OTAN et de l’impérialisme français.
La « tendance claire » demande dans un tract (diffusé lors du rassemblement devant le siège de PSA du 25 juillet) la nationalisation de PSA « sous contrôle des travailleurs », présentée comme la seule « solution durable ». Ce tract de 4 pages ne mentionne même pas le socialisme ou la révolution, pas même comme perspective lointaine, autrement dit il se présente explicitement dans le cadre du système capitaliste existant. Trotsky polémiquait dans le Programme de transition contre ce genre de « mot d’ordre réformiste bien vague de “nationalisation” » en précisant que l’expropriation de certains groupes capitalistes ne peut être une revendication des révolutionnaires que dans la mesure où :
« 1) Nous repoussons le rachat ; 2) Nous prévenons les masses contre les charlatans du Front populaire qui, proposant la nationalisation en paroles, restent en fait les agents du capital ; 3) Nous appelons les masses à ne compter que sur leur propre force révolutionnaire ; 4) Nous relions le problème de l’expropriation à celui du pouvoir des ouvriers et des paysans. »
La « tendance claire », elle, a non seulement fait campagne pour Philippe Poutou qui faisait campagne pour « dégager Sarkozy » (c’est-à-dire élire le front populaire de Hollande), elle refuse de relier l’expropriation de Peugeot au pouvoir ouvrier. En demandant la nationalisation par l’Etat capitaliste, elle demande simplement à celui-ci de fournir au Français Peugeot les capitaux nécessaires aux investissements de modernisation indispensables pour faire face à l’Allemand Volkswagen. Hollande/Montebourg s’est dépêché à sa manière de cracher au bassinet avec son plan de soutien à la filière automobile.
Le NPA va jusqu’à exiger de l’Etat capitaliste l’« interdiction des licenciements » (une revendication phare de Lutte ouvrière également). Mais le chômage est inhérent au capitalisme ; s’il a trop tendance à baisser les capitalistes n’ont de cesse, par divers moyens, qu’il ne remonte pour faire pression sur les salaires. De prôner l’« interdiction des licenciements », c’est faire croire que l’Etat peut servir aux travailleurs contre les capitalistes. Les marxistes au contraire expliquent que l’Etat, c’est essentiellement des bandes d’hommes armés, les flics, l’armée, les matons, dont la fonction est de maintenir par la force le système d’exploitation capitaliste. On ne peut l’utiliser pour satisfaire les besoins des travailleurs, il faut le détruire par une révolution socialiste et le remplacer par le pouvoir des travailleurs organisés en conseils ouvriers ou soviets.
Lutte ouvrière en première ligne à PSA Aulnay
Lutte ouvrière (LO) a été plus critique du plan gouvernemental, dénonçant l’hypocrisie de Hollande qui « fait semblant de s’indigner de l’attitude de PSA » (éditorial de Lutte Ouvrière du 16 juillet). A qui le disent-ils ? Lutte ouvrière déclare maintenant qu’ils se sont abstenus il y a deux mois lors de l’élection présidentielle ; ils ont peut-être dit cela confidentiellement à leur périphérie, mais par contre devant les millions de téléspectateurs, dans leur presse, dans leurs journaux d’entreprise, ils se sont contentés de parler d’un « choix personnel » entre voter Hollande ou s’abstenir (éditorial de Lutte Ouvrière du 23 avril), donnant ainsi à penser que de donner un soutien politique à Hollande par son vote était une simple question de goût. Ils ont ainsi encouragé indirectement les travailleurs à penser que l’élection de Hollande pouvait représenter un moindre mal, et ils portent ainsi eux-mêmes une part de responsabilité pour les attaques qui pleuvent maintenant. Et ceci est d’autant plus vrai pour ceux qui ont directement appelé à voter pour Hollande sous prétexte de se débarrasser de Sarkozy, que ce soit Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ou le NPA de Philippe Poutou.
A Aulnay, le rôle principal dans la partition réformiste, c’est Lutte ouvrière qui est en train de le jouer. LO contrôle depuis des années le principal syndicat ouvrier de l’usine d’Aulnay, la CGT, et ils ont de l’influence dans la CGT d’un grand nombre d’autres usines du groupe. Il y a un an ils ont rendu publics les plans de PSA pour fermer l’usine d’Aulnay, des plans qui sont maintenant mis en œuvre jusque dans les détails. A sa fête en mai dernier, LO a tenu un grand meeting sur l’automobile où ils se sont vantés d’avoir révélé les plans des patrons et d’avoir patiemment construit depuis un an une mobilisation de jusqu’à 800 ouvriers prêts à se battre. Jean-Pierre Mercier, dirigeant de la CGT dans l’usine et candidat de Lutte ouvrière à toutes les élections (sauf aux présidentielles où il était porte-parole de Nathalie Arthaud), s’est vanté que la situation était « vraiment saine », que les travailleurs ont depuis un an en permanence « un coup d’avance » sur les patrons, etc.
Un camarade de la LTF est alors intervenu lors du débat en dénonçant la stratégie de LO de faire pression sur le gouvernement : ils venaient de passer un an à demander des entrevues à Sarkozy, champion de la promesse solennelle non tenue, pour essayer d’obtenir son « engagement écrit » en faveur des travailleurs de PSA. Mercier était tout nu. Dans son discours de conclusion du meeting, changeant complètement de registre, il s’est d’un seul coup lancé dans une diatribe contre les travailleurs d’Aulnay, les accusant de ne pas être « en colère » et de ne pas être prêts à lutter. C’est l’argument classique du bureaucrate syndical qui rejette sur les travailleurs le fait que lui-même casse toute mobilisation lutte de classe.
A Aulnay, la CGT a construit sous la direction de LO toute son activité depuis un an autour d’un bloc avec le syndicat maison, le SIA (« Syndicat indépendant de l’automobile »). A la fête de LO, Jean-Pierre Mercier insistait ainsi que le SIA est un « vrai syndicat », même si LO sait pertinemment qu’il s’agit d’une créature de la direction des « ressources humaines », celle qui maintenant met en œuvre la fermeture de l’usine. Encore il y a un an LO dénonçait le SIA dans la revue destinée à ses cadres Lutte de Classe (juillet-août 2011) : « la présence des militants du SIA est pesante » à Aulnay ; et maintenant le SIA va « peser » avec LO contre les patrons ?
Le prédécesseur direct du SIA, la CSL de sinistre mémoire, s’était livré à de brutales attaques physiques contre les militants de la CGT dans les usines de Poissy et d’Aulnay lors des grandes grèves du début des années 1980. Que ce genre de « syndicat » soit entièrement d’accord avec les tactiques préconisées par la direction de la CGT en dit long sur l’abject réformisme de Lutte ouvrière. En toute une année ils se sont contentés de faire quelques actions ponctuelles, y compris une manifestation un samedi après-midi dans la ville d’Aulnay avec le maire PS de la ville. LO donne ainsi au SIA une légitimité auprès des ouvriers, un crédit dont le SIA aura bien besoin pour casser une mobilisation ouvrière sérieuse pour défendre les emplois cet automne.
Le SIA est la continuation directe de la CSL et avant elle de la CFT et, indirectement, si l’on remonte aux origines du « syndicalisme » propatronal français au début du XXe siècle, de la Fédération nationale des jaunes de France (par opposition aux rouges de la CGT). C’est de là que vient l’appellation de « jaunes » pour dénoncer les briseurs de grève. Des militants de la CFT (Confédération française du travail) avaient en 1977 assassiné sur un piquet de grève Pierre Maître, un syndicaliste des Verreries mécaniques champenoises à Reims. La CFT s’était alors renommée CSL (Confédération des syndicats libres) et elle avait fait le coup de main contre les grandes grèves de l’automobile des premières années Mitterrand. Nous écrivions dans un article « Chassez la CSL » (le Bolchévik n° 34, juillet-août 1982) : « La CFT/CSL, c’est une organisation explicitement anti-ouvrière. Elle existait avant, mais elle a crû surtout en réaction à Mai 68. Elle est explicitement anticommuniste, anti-CGT, anti-CFDT, explicitement destinée à chasser les organisations ouvrières des usines. » La CSL a ainsi physiquement attaqué les grévistes de la CGT notamment lors de la grande grève de Talbot-Poissy (aujourd’hui PSA) en 1983-1984 (voir le Bolchévik n° 44, janvier 1984).
Jean-Pierre Mercier, qui est dans l’usine d’Aulnay depuis 16 ans, espère peut-être que les travailleurs avancés ont oublié tout cela lorsqu’il réhabilite le SIA, nouvel avatar de la CFT/CSL. Il propage ainsi l’ignorance, ce qui est typique des ouvriéristes petits-bourgeois. Mais il suffit de feuilleter quelques tracts du SIA pour voir qu’ils sont en tout point fidèles à leurs propres traditions : « Les élus SIA restent convaincus que la seule façon de nous faire entendre c’est dans le calme et la sérénité. Il est hors de question de donner l’occasion à la direction générale de dire qu’à Aulnay “c’est le bordel” car on leur rendrait service. Nous voulons conserver les emplois sur Aulnay et montrer que les salariés d’Aulnay “ne sont pas des sauvages” comme certains veulent le faire croire » (flash S.I.A./G.S.E.A. du 17 janvier 2012). On voit là tout le racisme paternaliste de ces jaunes du SIA qui enjoignent aux travailleurs marocains de montrer qu’ils sont des hommes, pas des sauvages, en aidant à sauver les profits de la famille Peugeot.
Au lieu de forger l’unité des travailleurs sur un programme de lutte de classe, contre la politique de « responsabilité » de la direction du SIA, Mercier et Cie font alliance au sommet avec celle-ci, et sur son programme de collaboration de classes avec le patron. Et cela se reflète aussi dans leur politique à l’extérieur de l’usine : toute la politique de LO à la tête de la CGT consiste à alimenter les illusions envers l’Etat capitaliste. Les opérations-spectacles envisagées avec le SIA ont elles-mêmes pour but explicite de faire pression sur le gouvernement Hollande-Montebourg. Nathalie Arthaud l’a déclaré pour LO à la télévision le 13 juillet, elle veut faire croire que l’Etat capitaliste doit et peut déclarer « nul et non avenu » le plan de Peugeot – autrement dit interdire les licenciements chez PSA.
Jean-Pierre Mercier lui-même a déclaré dans un communiqué de presse de la CGT PSA Aulnay du 15 juillet qu’au fond, à part le blabla sur une loi au parlement sur l’interdiction des licenciements (à voter par le PS, d’après Lutte Ouvrière du 20 juillet), il voudrait simplement que l’Etat capitaliste continue à subventionner le capitaliste Peugeot pour que les ouvriers soient au chômage partiel (dispositif dit APLD ou « activité partielle de longue durée ») plutôt que renvoyés directement à Pôle emploi : « L’Etat a les moyens d’intervenir : […] En imposant à PSA de respecter les accords signés comme celui sur le chômage partiel (APLD) où l’employeur s’est engagé à maintenir les emplois en contrepartie du bénéfice de subventions publiques » (en gras dans l’original).
En lui demandant d’empêcher les fermetures d’usines et de prendre ainsi une « mesure de salut public » (ibid.), LO sème la confusion parmi les travailleurs. Là où ceux-ci nous disent que Sarkozy ou Hollande c’est tout pareil et que c’est des ennemis des travailleurs, LO ramène les ouvriers à se tourner vers l’Etat capitaliste pour obtenir de l’aide de celui-ci. LO veut même utiliser l’Etat capitaliste pour régler les querelles internes au mouvement ouvrier ; la CGT de PSA-Aulnay, contrôlée par LO, est apparemment allée jusqu’à traîner le syndicat SUD devant la justice capitaliste l’année dernière ! Ce genre d’intervention de l’Etat dans les affaires du prolétariat ne peut se faire qu’au détriment de la classe ouvrière dans son ensemble. Ce n’est là qu’un exemple de comment ils alimentent les illusions dans l’Etat capitaliste. Après l’annonce des licenciements à Aulnay, leur correspondant sur place écrivait dans Lutte Ouvrière (20 juillet) : « S’il a fallu des luttes pour imposer ces acquis [comme les congés payés ou la journée de travail de sept heures], ce sont bien des lois qui ont obligé les patrons à les respecter ! Et les lois, jusqu’à nouvel ordre, c’est le Parlement qui les vote et l’Etat qui les fait appliquer. » Pour des marxistes, c’est une vérité élémentaire que les lois ne font qu’entériner le rapport des forces dans la lutte des classes et non pas l’inverse. Un parlement contrôlé par LO (hypothèse absurde pour commencer) pourrait voter toutes les lois qu’il veut, un escadron de flics viendrait un beau matin simplement disperser ces bavards le jour où la bourgeoisie déciderait que la comédie parlementaire a assez duré.
Ce que fait Lutte ouvrière à Aulnay n’est rien de nouveau. Lors de l’importante grève d’il y a cinq ans, LO avait promené les grévistes de mairie capitaliste en mairie capitaliste pour obtenir des subsides, avec l’argument fallacieux que le travail des maires c’était soi-disant de « résoudre les problèmes sociaux » (brochure de LO sur la grève d’Aulnay) ! Le travail des maires, qui représentent à l’échelon local le pouvoir exécutif de l’Etat capitaliste, c’est de résoudre les problèmes sociaux causés aux capitalistes par les travailleurs et les opprimés qui ne veulent pas rester à leur place, ce n’est pas de résoudre les problèmes sociaux causés aux travailleurs par l’exploitation capitaliste. Pour cela il faut d’autres forces et un autre programme. Comme l’écrivait Lénine dans l’Etat et la révolution (août 1917) :
« Selon Marx, l’Etat est un organe de domination de classe, un organe d’oppression d’une classe par une autre ; c’est la création d’un “ordre” qui légalise et affermit cette oppression en modérant le conflit des classes. Selon l’opinion des politiciens petits-bourgeois, l’ordre est précisément la conciliation des classes, et non l’oppression d’une classe par une autre ; modérer le conflit, c’est concilier, et non retirer certains moyens et procédés de combat aux classes opprimées en lutte pour le renversement des oppresseurs. »
Les « politiciens petits-bourgeois » de LO avaient tellement aimé le commerce des municipalités capitalistes que l’année suivante, en 2008, ils se sont présentés dans rien moins que 168 villes et bourgades. Dans plus de 60 de ces localités, LO faisait liste commune avec le PCF ; dans plusieurs autres cas, comme à Belfort, elle se retrouvait derrière des politiciens bourgeois purs et simples (Lutte de Classe, avril 2008), tout cela dans l’objectif de faire partie d’une majorité de gestion municipale ! A Aubervilliers, LO faisait campagne sur une plate-forme électorale PCF se lamentant que « le nombre de policiers affectés à notre ville est insuffisant » ! Quiconque habite ce genre de banlieue ouvrière sait que le boulot du maire, c’est de gérer les quotas racistes dans les HLM, expliquer aux parents qu’il n’y a pas de place en crèche ni à la maternelle pour les moins de trois ans – et envoyer les flics terroriser à longueur de journée les jeunes à la peau trop foncée. Nous disons que le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes de banlieue contre la terreur raciste des flics !
Il y a cinq ans, lors de la dernière grève significative à Aulnay, LO avait fait des pieds et des mains pour offrir à la candidate d’alors du front populaire, Ségolène Royal, une plate-forme électorale devant l’usine d’Aulnay. LO avait alors prétendu que « Ségolène Royal en tournée électorale est venue dire aux grévistes qu’ils ont raison » – alors qu’en fait elle était venue enjoindre aux travailleurs présents d’être fiers de leur entreprise et « réconcilier les Français avec l’entreprise » (voir notre article dans le Bolchévik n° 180, juin 2007). LO a cyniquement utilisé la grève d’Aulnay pour préparer sa base au fait qu’elle allait quelques semaines plus tard appeler à voter pour Ségolène Royal.
Les tactiques syndicales de LO résultent de sa politique réformiste, qui sur le fond ne se différencie pas le moins du monde de celle du NPA. Elle proclamait ainsi en février 2008 dans Lutte de Classe que « Par définition, l’activité municipale, comme l’activité syndicale ne peuvent être révolutionnaires, mais sont réformistes. » Les leurs en tout cas. Ils cherchent simplement à négocier un meilleur deal avec Montebourg, Hollande et Peugeot pour les travailleurs de PSA tout en restant dans le cadre du capitalisme français en crise : une équation qui ne peut pas avoir de solution favorable aux travailleurs.
Il faut poser carrément la nécessité de renverser ce système en pleine décomposition. La révolution socialiste paraît lointaine aujourd’hui, mais la Révolution russe de 1917 a montré que c’est possible, en dépit de sa dégénérescence ultérieure sous Staline et de sa défaite finale en 1991-1992. Les bolchéviks n’avaient pas renoncé parce que la Commune de Paris avait été noyée dans le sang en 1871. Les organisations politiques du mouvement ouvrier qui vous disent aujourd’hui que le socialisme a prouvé son échec avec l’URSS sont des agents stipendiés ou inconscients de l’ordre capitaliste. La révolution prolétarienne est la seule perspective pour les travailleurs du monde. Nous luttons pour construire le parti bolchévique multiethnique, multiracial, qui un jour renversera le capitalisme dans ce pays dans le cadre d’une lutte pour les Etats-Unis socialistes d’Europe.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/201/psa.html
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Les travaillistes ont préparé le terrain aux privatisations des tories - Grande-Bretagne: Il faut mobiliser les syndicats pour défendre la Sécu (Septembre 2013)

https://archive.is/DIe7p
Le Bolchévik nº 205 September 2013
25 mars – La loi sur la Sécurité sociale, qui a pris effet le 1er avril, promet d’être le plus important bouleversement du Service national de santé (NHS) en Angleterre depuis sa création. Pour la première fois depuis 1948, le gouvernement ne sera plus tenu par la loi de fournir des soins médicaux universels. Au lieu de l’« engagement à fournir » ce service social fondamental, le gouvernement s’engage maintenant à le « promouvoir » ; si ce changement dans les termes semble inoffensif, il masque un tournant fondamental vers le secteur privé. Le docteur Jacky Davis, coprésident de l’Association des consultants du NHS, a déclaré après que la loi avait été votée au parlement : « Nous n’avons plus de système national de santé. »
L’une des mesures les plus controversées de la nouvelle législation porte sur les Groupes de prise en charge clinique (CCG), qui contrôleront la part du lion dans le budget du NHS (environ 65 milliards de livres sterling sur 100 milliards pour l’année fiscale en cours). Les CCG décideront, soi-disant sur instruction du médecin traitant, de l’attribution des soins aux patients, y compris en les redirigeant vers des organismes privés et en refusant des soins qui ne correspondraient pas à une « nécessité raisonnable ». Une étude récente du British Medical Journal montre qu’un tiers des médecins traitants responsables de ces groupes de décision gèrent des sociétés médicales privées ou en détiennent des actions. Mais en réalité la plupart des médecins traitants n’ont ni le temps ni les connaissances pour « prescrire » des soins ; cette tâche reviendra donc à des consultants privés comme ceux de la société d’experts-consultants géante McKinsey. Sous prétexte de donner plus de responsabilité aux médecins traitants, les CCG ouvrent en fait la porte au basculement de milliards de livres du NHS vers des entreprises privées.
Le gouvernement prétend que les services du NHS resteront gratuits pour les usagers. Mais, comme le fait remarquer l’économiste politique Colin Leys, « c’est totalement trompeur. Ils oublient d’ajouter une condition essentielle : il faut que le service soit encore disponible au NHS. En réalité certains services, dont la liste s’allonge, ne seront plus disponibles, et donc ne seront plus gratuits » (Red Pepper, avril 2012). En fait ce processus a déjà commencé. La Caisse primaire d’assurance maladie de Croydon [au Sud de Londres] a dressé en 2006 dans un but d’économies une liste de 34 procédures qu’elle n’est plus tenue d’offrir aux patients ; cette liste comprenait les opérations de la cataracte, de la hanche ou du genou. La « liste de Croydon » se répand depuis petit à petit. On dit aux personnes dont la vie n’est pas menacée, mais qui souffrent d’affections douloureuses ou handicapantes, qu’elles doivent prendre en charge leur traitement si elles le peuvent ; sinon, tant pis pour elles. Certains médecins ont un nombre limité de patients qu’ils ont le droit d’envoyer à un spécialiste chaque semaine, quels que soient les besoins des patients. Des prescriptions pour consulter un spécialiste ont été interceptées et refusées par des « guichets de prescription ». La compagnie d’assurance santé américaine UnitedHealth, entre autres, est très connue pour contrôler soigneusement et parfois annuler les décisions des médecins traitants. Et comme de plus en plus de gens sont poussés vers le secteur privé pour se soigner, les revenus du NHS sont ponctionnés d’autant ; le NHS risque de devenir un dépotoir où l’on jette les pauvres et les malades chroniques.
Les travailleurs méritent mieux que cela !
Les fermetures d’hôpitaux se répandent dans tout le pays. Les urgences et maternités ferment ou sont réduites comme à l’hôpital de Lewisham dans le Sud de Londres. Malgré le fait qu’il était solvable, l’hôpital de Lewisham a été visé par un plan de restructuration lorsque la caisse voisine du NHS pour le Sud de Londres a été mise sous tutelle. Cette caisse traînait un remboursement de 60 millions de livres par an, une dette contractée en vertu des partenariats public-privé (PPP – Private Finance Initiatives ou PFI en anglais), qui font que des projets d’aménagement public sont financés par des emprunts privés. Le gouvernement cherche à réduire drastiquement le budget de la Santé de 20 milliards de livres d’ici 2015. Des coupes claires s’annoncent pour les hôpitaux, quand ce n’est pas la fermeture ou le déclassement. L’hôpital de Whittington dans le nord de Londres a annoncé un plan de réduction des dépenses comprenant 570 licenciements et la vente de plusieurs bâtiments à des entrepreneurs privés. Et des consultants d’une ancienne usine automobile du groupe Unipart ont déjà touché 500 000 livres pour trouver des économies.
L’écrivain scientifique Marcus Chown explique dans « Le grand hold-up du NHS » (opendemocracy.net, 31 janvier) : « Le gouvernement est en train de graduellement réduire le NHS à la disette financière. C’est un acte délibéré. Les hôpitaux sont à court d’argent – les remboursements de PPP en sont une cause majeure – et ils deviennent la proie de compagnies privées qui les rachètent. » Le rachat l’an dernier par la société privée Circle Holdings de l’hôpital Hinchingbrooke dans le Cambridgeshire, un hôpital du NHS menacé de fermeture, est considéré comme un prototype. Circle appartient à des sociétés et fonds d’investissement enregistrés aux îles Vierges, à Jersey et aux îles Caïman ; Circle a l’intention de faire 311 millions de livres d’économies et détruit des emplois. Parmi ceux qui cherchent à profiter de la privatisation des hôpitaux, on trouve Richard Branson, le magnat de Virgin, et Harmoni, qui possède déjà des cabinets médicaux dans beaucoup d’endroits.
La privatisation de la santé est si impopulaire que les porte-parole du gouvernement usent de termes comme « choix du patient » et autres expressions lénifiantes et abréviations à n’en plus finir pour tenter de masquer ce qu’ils sont en train de faire. De nombreux détails de la loi sur la Sécurité sociale sont encore en débat. Certaines réglementations destinées à mettre quasiment tous les services du NHS aux enchères ont provoqué un tollé et ont dû être amendées. Mais après chaque recul le gouvernement reprend l’offensive. Pour la bourgeoisie britannique le NHS représente des frais généraux malvenus – sans parler des profits faciles qu’offre la privatisation aux spéculateurs financiers de la City. Dans la mesure où la classe capitaliste s’intéresse à la santé de la population, cela se réduit à pouvoir disposer d’une main-d’œuvre en suffisamment bonne santé pour se faire exploiter et de soldats à envoyer dans les guerres et aventures impérialistes. En période de révolte sociale, les capitalistes peuvent bien sortir leur porte-monnaie pour apaiser la population, mais ils essayeront toujours de récupérer les concessions qu’ils ont faites.
Pour que les immenses richesses créées par le travail du prolétariat servent les besoins de l’humanité, il faut exproprier la bourgeoisie par des révolutions ouvrières et l’établissement d’un Etat ouvrier. Il faudra construire une économie collectivisée et planifiée, non seulement pour garantir les soins médicaux mais aussi tous les autres besoins fondamentaux de la vie, comme une alimentation équilibrée, un logement décent, des loisirs et le plein emploi. Pour y parvenir, il faut commencer par se battre pour défendre ce qu’on a déjà, aussi médiocre que ce soit – et le NHS est devenu un enjeu contesté. La solution n’est pas de faire pression sur le parlement ou de remettre les travaillistes au pouvoir aux prochaines élections. Les travailleurs de la santé, qui paient le plus lourd tribut aux réductions budgétaires, ont la puissance et l’intérêt pour jeter une vraie force sociale dans cette bataille. Leur lutte bénéficierait d’un énorme soutien et serait plus efficace qu’un million de pétitions. Mais elle est paralysée par les directions syndicales qui ont pour objectif politique de mettre le Parti travailliste au gouvernement. Ces dirigeants traîtres acceptent l’idée que les travailleurs doivent aider à payer la crise capitaliste, mais ils imaginent qu’ils pourraient négocier de meilleures conditions avec les travaillistes d’Ed Miliband.
La privatisation du NHS par les travaillistes
Andy Burnham, le ministre travailliste de la Santé dans le cabinet fantôme [dans l’opposition] a déclaré que le gouvernement essayait de « faire passer en force la privatisation du NHS par la petite porte » ; le ministre tory [conservateur] de la Santé l’a alors accusé de provoquer la peur. Mais si les travaillistes ont promis d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, ouvrir le NHS à d’énormes intérêts privés était la politique du Parti travailliste bien avant l’arrivée du gouvernement conservateulibéral-démocrate. Comme l’écrivent Colin Leys et Stewart Player, « la réalité, c’est que les ministres de la Santé du Parti travailliste qui se sont succédé collaboraient étroitement avec le secteur privé et qu’ils avaient déjà presque entièrement édifié un marché de la santé. Le plan des tories ne fait qu’en accélérer l’étape finale et le rendre plus visible » (Red Pepper, octobre 2010). Leys conclut pourtant : « A moins qu’Ed Miliband et Andy Burnham ne reviennent au gouvernement et n’honorent leur promesse d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, nous devons nous préparer à voir passer de plus en plus de services de santé, y compris les soins hospitaliers, aux mains d’entreprises pour le profit ; et cela ira inévitablement de pair avec une augmentation des coûts et une baisse de la qualité » (Guardian, 16 janvier). Quelles illusions persistantes envers les travaillistes ! Tout ce que montre Leys prouve que si les travaillistes gagnent les prochaines élections, ils poursuivront essentiellement la même politique de privatisation que les tories… sous un nom différent.
La politique consistant à délibérément créer un « marché interne » au NHS, élaborée dans les années 1980 sous Thatcher, a vu le jour sous le gouvernement Blair. Sous Blair et Brown, les caisses du NHS ont été graduellement transformées en « fondations » qui empruntent sur les marchés financiers, forment des entreprises communes avec des sociétés privées et établissent leurs propres règles d’embauche. Si une fondation perd de l’argent, elle est fermée ou reprise. La caisse de l’hôpital NHS du Mid Staffordshire a sabré 10 millions de livres dans son budget en 2006-2007 pour acquérir le statut de fondation. C’est comme une histoire d’horreur sur un hospice pour les pauvres de l’époque victorienne : entre 400 et 1 200 personnes sont décédées pour rien à l’hôpital de Stafford entre 2005 et mars 2009 ; beaucoup d’entre elles s’étaient vu refuser des médicaments contre la douleur ; certaines n’avaient pas été lavées pendant un mois. L’alimentation des malades était laissée aux bons soins des membres de la famille, mais beaucoup avaient faim. Les travaillistes au pouvoir ont rejeté les demandes persistantes des familles à ce qu’il y ait une enquête. Le gouvernement conservateur-libéral en a mené une, et il en tire maintenant parti avec cynisme pour populariser son projet pour le NHS.
Le Parti travailliste a supervisé la création de « Centres de traitement indépendants » (des institutions privées) pour pratiquer la chirurgie facultative peu risquée. Si ceux-ci ont réduit le temps d’attente pour des opérations qui vous changent la vie, comme la prothèse de hanche (une opération dont le NHS était en fait pionnier), ils ont aussi garanti un revenu minimum pour des entreprises privées. Des millions de livres ont été payées par le NHS pour des opérations qui n’ont jamais été pratiquées. Le gouvernement Blair a aussi créé le « Réseau de choix étendu » qui permet aux centres privés de traiter les patients du NHS pour une somme rondelette. Dans ces deux cas, des institutions privées étaient libres de choisir les patients qui leur rapporteraient le plus ; les hôpitaux du NHS, eux, étaient aux prises avec les dettes, les réductions de personnel et les fermetures de services, et ils se voyaient menacés de fermeture s’ils ne prouvaient pas leur « viabilité » financière.
Les travaillistes au gouvernement sont également responsables de l’augmentation phénoménale des PPP dans tout le secteur public. Les PPP permettent au gouvernement d’emprunter des sommes massives tout en gardant ces dettes en dehors de leur bilan financier. Les PPP sont apparus sous les tories en 1992, mais ils sont devenus sous les travaillistes la seule manière de financer la construction de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles. Les PPP transforment les fonds publics en vache à lait pour les géants de la construction comme Balfour Beatty de même que pour les prêteurs internationaux. Décrits parfois comme « un hôpital pour le prix de deux », les PPP ne sont même pas cela : il s’agit de payer des sommes exorbitantes pour des équipements qui peuvent bien ne jamais revenir au secteur public. Aujourd’hui le NHS doit 65 milliards de livres empruntées dans le cadre de PPP ; les remboursements d’emprunts et d’intérêts augmentent de 18 % par an et peuvent représenter plus de 10 % des revenus annuels d’une caisse d’hôpital. On peut dire merci aux travaillistes.
Ce qu’il faut, c’est une nouvelle direction de la classe ouvrière qui soit déterminée à renverser l’ordre capitaliste. Pour stopper les privatisations, une direction lutte de classe mobiliserait les syndicats des travailleurs de la santé sur une série de revendications immédiates, comme la restitution au secteur public des hôpitaux et autres institutions médicales privatisés, et l’annulation de la dette due aux PPP. McKinsey, Circle, Harmoni, les entreprises diverses de Richard Branson et autres vautours de la City de Londres doivent être expulsés de tous les secteurs du NHS qui leur ont été cédés ! Un parti ouvrier révolutionnaire se battrait pour l’expropriation des entreprises de santé privées et des compagnies d’assurances et laboratoires pharmaceutiques ; il exigerait des soins médicaux gratuits et de qualité pour tous, dans le cadre d’une lutte pour la révolution socialiste.
Les bureaucrates syndicaux : entre douches froides et baratin
Les hôpitaux ferment. Les travailleurs de la santé sont licenciés. Des infirmières se tuent au travail dans des services en sous-effectif et ensuite le gouvernement les calomnie en disant qu’elles « n’ont pas prodigué de soins attentionnés de qualité ». C’est on ne peut plus clair : il faut se battre. Malgré ses défauts, le NHS est l’un des acquis les plus significatifs que les travailleurs aient obtenus du capitalisme britannique, et ils veulent le défendre jusqu’au bout. Il y a de grandes manifestations pleines de colère contre les fermetures d’hôpitaux dans le pays. Mais elles sont canalisées vers une voie sans issue pour faire pression sur le parlement : des politiciens de toutes tendances font des discours électoraux, et des conseillers municipaux, célébrités et militants de People Before Profit [nos vies valent mieux que leurs profits] du Socialist Workers Party se donnent pour but final d’élire un gouvernement travailliste.
Les travailleurs hospitaliers protestent en tant qu’individus mais leurs bureaucrates syndicaux font comme s’ils étaient de simples « citoyens » et non la force sociale qui pourrait changer la situation. L’Unison, le plus grand syndicat dans le NHS avec ses 400 000 travailleurs de la santé, proclame sur son site web : « L’UNISON a mené la campagne contre la loi sur la Sécurité sociale et nous ne cesserons jamais de nous battre pour défendre et améliorer notre NHS. » Comment les dirigeants proposent-ils de le faire ? « Les membres de l’UNISON ont la possibilité très directe d’envoyer leur message aux politiciens : par la pression politique. » Les dirigeants de l’autre grand syndicat des services de santé, l’Unite, appellent les membres du syndicat à envoyer des e-mails à Cameron et à leurs élus locaux.
Quand des grèves éclatent, comme récemment dans l’ouest du Yorkshire, elles se retrouvent isolées. 500 secrétaires médicales et réceptionnistes d’hôpitaux ont fait grève à plusieurs reprises contre la Fondation hospitalière du Mid Yorkshire qui tentait de les licencier pour les réembaucher à un salaire moindre. Les soutiens ont afflué de la part de patients et de travailleurs et syndicats hospitaliers de tout le pays, qui comprenaient avec raison que ces grévistes étaient en première ligne pour défendre le système de santé public. La direction de l’Unison a laissé entendre qu’elle organiserait un vote dans toute la section syndicale alors que les secrétaires retournaient au travail début février. Deux mois plus tard elle se dérobe toujours. Paul Holmes, membre du conseil exécutif national de l’Unison, disait lors d’un rassemblement de grévistes en février : « C’est le conflit le plus important dans la santé et toutes les caisses de santé vous regardent. Si vous perdez, elles vont elles aussi réduire les salaires. » Il avait raison, mais lui et les autres bureaucrates syndicaux ont-ils jamais appelé leurs autres adhérents à la grève ?
Les directions syndicales du secteur public limitent les grèves à des « journées d’action » deux ou trois fois par an, pour faire baisser la pression ; pendant ce temps les salaires et les acquis syndicaux s’érodent. Et c’est le cas tout autant pour les responsables syndicaux « de gauche », comme Mark Serwotka du syndicat Services publics et commerciaux (PCS), que pour ceux de droite. Il y a eu beaucoup d’occasions pour lancer la bataille, notamment la grève du 30 novembre 2011 contre les attaques envers les retraites du secteur public. Mais dès que la grande manifestation avait pris fin, Brendan Barber, qui était alors le secrétaire général du TUC [confédération des syndicats], et Dave Prentis, le dirigeant de l’Unison, ont annulé toute nouvelle action. Des militants de l’Unite dans le NHS (et le conseil municipal), reflétant la colère à la base, ont rejeté l’offre du gouvernement, tout comme l’a fait le PCS, principal syndicat du public. Ce dernier a appelé ses 270 000 membres à une grève de protestation de 24 heures dans le secteur public le 20 mars, le jour de la présentation du budget. Au lieu de se plaindre du refus de gens comme Prentis d’organiser des grèves unitaires, une direction lutte de classe passerait outre et appellerait la base des autres syndicats du secteur public à faire grève ensemble.
Len McCluskey, le secrétaire général de l’Unite, connu pour ses postures « de gauche », a présenté une motion à l’automne 2012 appelant le TUC à « continuer à mener la lutte depuis les avant-postes » avec des « campagnes de grande envergure, y compris en envisageant une grève générale » contre l’austérité et en étudiant la faisabilité d’une telle grève. Une chose en dit long sur la bureaucratie syndicale : cette motion a été présentée dans le TUC par l’Association des gardiens de prison. Ces brutes n’ont pas leur place dans le mouvement ouvrier ! Pourtant ils sont volontiers accueillis comme des « travailleurs en uniforme » par le Socialist Party et les dirigeants syndicaux traîtres, y compris dans le PCS qui syndique les flics chargés de l’immigration. C’est un scandale.
Lors de l’énorme manifestation du TUC du 20 octobre 2012 (un samedi), de nombreux travailleurs ont applaudi ceux qui, comme McCluskey, déblatéraient sur la grève générale depuis la tribune. Une lutte de classe commune de tous les grands syndicats est absolument nécessaire ; mais elle n’est pas dans l’intention des directions syndicales. Près de six mois plus tard, comme on pouvait s’y attendre, la motion est toujours lettre morte. Le Socialist Party, qui se trouve dans la direction du PCS, a toujours au bout de six mois le même espoir béat que le TUC « fixe le jour » d’une grève générale de 24 heures. La perspective de ces soi-disant socialistes, c’est de soutenir par la bande le Parti travailliste : « Une grève de 24 heures ainsi que les actions prévues ensuite pourraient faire éclater la coalition gouvernementale et mener à des élections générales » (Socialist, 21 novembre 2012). « Chassons les tories ! » – c’est de même la seule perspective qu’offre la bureaucratie de l’Unite. Sous le titre « Le NHS est à nous – sauvons-le ! », le site web de l’Unite dit : « Dans deux ans le pays retourne aux urnes. Faites ce qu’il faut pour que le parti qui peut sauver le NHS soit celui qui gagnera. »
L’« esprit de 1945 » du travaillisme à l’ancienne
Chacun sait que, lors de sa fondation en 1948, le NHS avait promis des soins médicaux universels et gratuits pour tous. Avec le service public de santé et le système national de protection sociale, les gens allaient être pris en charge « du berceau jusqu’à la tombe ». Le nouveau film de Ken Loach l’Esprit de 45 décrit avec force l’impact qu’a eu le NHS sur la vie des travailleurs. Certains se souviennent des horreurs de la vie avant la création du NHS : des familles incapables de payer la visite du docteur pour un enfant malade, le décès évitable d’une mère suite à une infection pendant l’accouchement, la visite de l’huissier venant le vendredi exiger l’argent des honoraires médicaux. Loach fait l’éloge du gouvernement travailliste de Clement Attlee, qui accéda au pouvoir grâce à un raz de marée électoral en 1945 et qui introduisit ensuite le NHS.
Le capitalisme britannique est sorti de la Deuxième Guerre mondiale avec un empire en pleine désintégration et une bonne partie de son économie en faillite. Une vague de combativité ouvrière déferlait sur l’Europe. Malgré ses déformations sous la botte de la bureaucratie stalinienne parasitaire, l’Union soviétique (et par extension les partis communistes de masse du monde capitaliste) avait une autorité énorme car elle avait payé le plus lourd tribut à la lutte pour vaincre les armées nazies. En quelques années le capitalisme fut renversé dans la plupart des pays d’Europe de l’Est qui restaient sous le contrôle de l’armée soviétique. Les gouvernements d’Europe de l’Ouest commencèrent à développer les programmes sociaux à la fois pour apaiser la lutte de classe et pour contrer l’influence de l’Union soviétique. Le député tory Quintin Hogg déclarait en 1943 : « Si vous ne donnez pas la réforme sociale au peuple, il vous donnera la révolution. » Dans ce contexte la classe capitaliste britannique accepta, de mauvaise grâce, la création du NHS, dont le projet avait été élaboré pendant la guerre par William Beveridge, un économiste du Parti libéral.
Le Parti travailliste, une fois au gouvernement, resta dévoué à administrer le capitalisme britannique. Les nationalisations d’après-guerre équivalaient à un gigantesque plan de sauvetage de la bourgeoisie. Le film de Loach ne le montre pas, mais le gouvernement Attlee envoya l’armée contre les dockers en grève en 1945, comme l’aurait fait tout autre gouvernement capitaliste. Au service de l’impérialisme britannique, il contribua aussi à fonder l’OTAN, envoya des troupes contre les Etats ouvriers déformés nord-coréen et chinois, mena une sale guerre coloniale en Malaisie et organisa la partition de l’Inde qui fut sanglante. Les attaques contre les acquis du NHS commencèrent en 1952 : alors des frais furent introduits pour les prescriptions médicales et les lunettes afin de contribuer au financement de la guerre de Corée.
Même à son apogée, le NHS ne fournissait pas des soins correspondant aux besoins de la population. Dans les années 1950, le scientifique marxiste John Desmond Bernal résumait ainsi ses défauts :
« C’est encore un service de santé plus sur le papier qu’en réalité. La défense des intérêts nationaux a fait que la Grande-Bretagne a construit peu de nouveaux hôpitaux et de centres de santé depuis la fin de la guerre. En grande partie le Service national de santé dépend toujours des vieux cabinets médicaux, où des médecins submergés de travail donnent à la chaîne des médicaments inefficaces aux patients, et leur donnent des conseils qu’ils ne peuvent suivre. »
– Science in History, volume III (1954)
L’un des aspects les plus grotesques du capitalisme, c’est que la vie elle-même (l’espérance de vie en bonne santé) dépend inévitablement pour une bonne part de la classe sociale à laquelle on appartient. Dans les parties les plus pauvres du Merseyside, où l’espérance de vie masculine est de 67 ans, les hommes sont généralement frappés d’un handicap ou un autre à l’âge de 44 ans ; dans les quartiers plus riches de l’Ouest de Londres, ces chiffres sont respectivement de 89 et 74 ans. Un résident de Kensington ou Chelsea peut espérer vivre plus de 14 ans de plus qu’un habitant de Glasgow. Rien que dans la capitale – la ville la plus inégalitaire du monde développé, d’après le livre de Danny Dorling Injustice : Why Social Inequality Persists – on dit qu’à chaque arrêt de la ligne de métro Jubilee vers l’est de Londres l’espérance de vie diminue d’une année.
Le capitalisme est mauvais pour la santé !
Dans les années 1990, après la contre-révolution en Union soviétique et en Europe de l’Est, les bourgeoisies d’Europe de l’Ouest se sont mises à démanteler ce qui restait de l’Etat-providence institué après la Deuxième Guerre mondiale. Ces attaques redoublent aujourd’hui car les capitalistes doivent se faire concurrence dans un marché mondial en crise profonde. Même si nous marxistes ne partageons pas les illusions social-démocrates dans les projets de nationalisations, nous soutenons fermement les luttes défensives des travailleurs contre les privatisations ; celles-ci dans les faits ne sont rien d’autre que de brutales attaques antisyndicales contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs.
Pour de nombreux ouvriers en Grande-Bretagne, on atteint le point de rupture. Le niveau de vie baisse pour la cinquième année consécutive. Le gouffre entre riches et pauvres s’élargit. Près d’un demi-million de personnes sont au chômage depuis un an ou plus et ceux qui ont « la chance » de travailler sont censés accepter le gel ou la baisse de leur salaire, l’augmentation du coût des retraites et le surmenage. Les conditions de travail et les salaires des travailleurs de la santé, fixés au niveau national, sont remplacés par des accords locaux et des « salaires au rendement ». Les emplois sont décimés dans la production industrielle et le commerce de détail, les ouvriers jetés à la rue. Et l’absence relative de toute riposte sérieuse des syndicats contre les attaques de ce gouvernement (et du gouvernement travailliste avant lui) encourage la bourgeoisie à exiger encore et toujours plus d’austérité.
La défaite de la grève des mineurs en 1984-1985 était un moment charnière qui a fait pencher la balance contre la classe ouvrière. Thatcher a provoqué la grève en se mettant à fermer toute l’industrie charbonnière ; son objectif était de détruire le Syndicat national des mineurs (NUM), qui était depuis des dizaines d’années un bastion combatif du prolétariat britannique. Le TUC était ouvertement hostile à la grève, et la direction du Parti travailliste, avec Neil Kinnock à sa tête, a condamné le NUM qui affrontait de plein fouet toutes les forces de l’Etat capitaliste. Quant à la « gauche » du TUC, elle s’est livrée à beaucoup de baratin et même à son propre sabotage en coulisse. Si les syndicats des cheminots et des dockers avaient suivi la grève des mineurs, ils auraient paralysé le pays et obtenu une victoire historique pour la classe ouvrière. Mais les « dirigeants » de ces syndicats n’étaient pas prêts à se mesurer au gouvernement. Leur perspective se limitait à remplacer les tories par les travaillistes, et le Parti travailliste était déterminé à briser la grève. Les mineurs ont tenu bon pendant douze mois, mais ils étaient isolés et ils ont perdu. Arthur Scargill a mené la grève des mineurs aussi loin qu’elle pouvait aller dans le cadre de la combativité syndicale, mais il n’a jamais rompu avec la perspective politique du travaillisme.
La leçon que les dirigeants syndicaux traîtres tirent de cette défaite (à savoir qu’il n’est pas possible de se battre) ne fait que souligner le besoin de forger une nouvelle direction syndicale : non pas des laquais travaillistes qui se prosternent devant le parlement, mais des dirigeants ouvriers qui misent sur la puissance sociale de leur propre classe et qui soient déterminés à obtenir ce dont les travailleurs ont besoin, et non ce que les patrons estiment possible. Le NHS dépend fortement des travailleurs intérimaires. Les syndicats doivent exiger qu’ils bénéficient de l’intégralité du salaire et des conditions de travail contractuels, et ils doivent syndiquer les non-syndiqués. Particulièrement dans le NHS, où les immigrés constituent depuis sa création une composante clé de la classe ouvrière, il est nécessaire que les syndicats se battent pour défendre les droits des immigrés, notamment l’accès gratuit aux soins médicaux. Il faut aussi répondre aux besoins des nombreuses femmes travailleuses en exigeant des salaires égaux, la prise en charge des enfants et la protection contre les discriminations.
Des demandes d’explication concernant des PPP, faites au nom de la loi sur la liberté de l’information, ont été rejetées sous prétexte du secret commercial ; on dissimule ainsi un ensemble complexe de procédés malhonnêtes payés avec l’argent des travailleurs britanniques. Nous exigeons que soient ouverts les livres de compte de ces opérations d’arrière-boutique entre entrepreneurs et spéculateurs financiers et leurs hommes de main au gouvernement. Le dirigeant révolutionnaire Léon Trotsky insistait que la classe ouvrière a le droit de « déterminer la véritable part du capitaliste individuel et de l’ensemble des exploiteurs dans le revenu national ; [de] dévoiler les combinaisons de coulisses et les escroqueries des banques et des trusts ; [de] révéler enfin, devant toute la société, le gaspillage effroyable de travail humain qui est le résultat de l’anarchie capitaliste et de la pure chasse au profit » (Programme de transition, 1938).
Quel que soit le parti au gouvernement, le capitalisme consiste à écraser les travailleurs et à gonfler les profits. Contrairement aux rêves réformistes, ce qu’il faut ce n’est pas revenir au bon vieux temps du travaillisme à l’ancienne, mais briser l’ordre capitaliste pourrissant qui pousse les travailleurs à l’abîme et le remplacer par un gouvernement ouvrier qui se donne pour but de construire une société socialiste. Pour cela il faut aux travailleurs un parti révolutionnaire, et pas des réformistes insipides comme le Socialist Party ou le Socialist Workers Party, qui sont à la traîne de la bureaucratie syndicale et se contentent de marchander sur la quantité d’austérité que la classe ouvrière doit accepter. Nos camarades de la Spartacist League/U.S. écrivaient :
« La santé, c’est bien plus que des piqûres, des pilules et des bistouris : c’est un logement convenable, de la bonne nourriture en abondance, la connaissance de la biologie humaine, de l’air non pollué, des conditions de travail sûres et convenables, l’application rigoureuse des principes de santé publique. La médecine ne peut pas sauver des vies ravagées par la pauvreté et la malnutrition. […] « Quand nous aurons mis à bas le système capitaliste qui vend des vies humaines contre des dollars, nous pourrons établir une nouvelle société socialiste où la vie humaine, la personne et la dignité humaines compteront. Les médecins seront au service du peuple et les hôpitaux seront des refuges où l’on soignera les malades ; la recherche sur les vaccins, les techniques médicales nouvelles et les médicaments sera coordonnée internationalement pour le bien de tous. Quand les travailleurs du monde seront aux commandes, les seules limites de la santé humaine seront scientifiques, et celles-ci seront constamment repoussées par une recherche réfléchie et énergique. »
– Women and Revolution n° 39, été 1991
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/205/nhs.html
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